Vie de Merde !

Cette nuit, ce n’est pas que je ne veux pas dormir, c’est que le sommeil se refuse à moi. Le salop. 3 heures. Toujours rien. Pas le moindre bâillement. A côté, mes voisins font la fête. Des voisins aux goûts musicaux douteux. C’est la chenille qui redémarre. Les bienheureux. J’aurais bien aimé être aussi joyeux. J’aurais invité mes amis. Nous aurions bu jusqu’à plus soif. Lady Gaga nous aurait fait sa Bad Romance et nous aurions dansé comme des pantins ivres et satisfaits. Délicieuse décadence. Oui, mais voilà, je n’ai pas d’amis. 4 heures. Ma chatte Baya vient se frotter contre mon mollet droit. Elle sent que mon moral se fait la malle. Dans mes chaussettes. Elle tente de me consoler. Mes voisins sont toujours hystériques. Leur musique est plus forte. Si j’avais la force, je leur hurlerai : « Allez mourir ! ». Mais je préfère rester zen, lové contre ma petite boule de poil. Réconfort. Douceur. Après l’horreur du taf, une pause éternelle. Même si Dieu refuse mon sommeil. Amen. 5 heures. La nuit blanche sera mon destin. Point positif dans cet horizon de désenchantement. La chenille est rentrée à la maison, ou alors elle s’est transformée en papillon pour s’envoler vers d’autres cieux. Tout est calme. Quand je repense à ma journée, je me dis : «  journée à chier ». C’est que le début. D’accord, d’accord. Un boulot de merde, avec un patron tyrannique à l’humour de daube. Je le déteste. Et je me déteste encore plus de ne pas avoir la force de lui envoyer mes quatre vérités. 1, je hais ce travail de vendeur, 2, sa boutique est affreuse, 3 ses fringues sont importables et 4, mes clientes me tuent à petits feux. 6 heures. Dans deux-cent quarante minutes, je retrouve mon job. Si seulement, j’avais le courage de tout plaquer. Partir ailleurs. Au soleil. Sur une plage. Avec ma chatte Baya. Si seulement. Je quitte mon lit. Direction la cuisine. Un café noir fera l’affaire. Et plus une clope à la ronde. J’allume mon portable. Aucun appel. Etrange ? Les seuls êtres que je connaisse doivent encore dormir comme des bébés. Ces mêmes individus qui sont en couple, qui ont une vie professionnelle qui les comble. Certains ont même des mioches et une jolie maison. Le bonheur, quoi ! Moi, je n’ai qu’un appartement pourri dans un quartier de pauvres et des voisins demeurés. Heureusement que j’ai ma chatte. La favorite. Brr… Mon café me donne mal un putain de mal au bide. Je n’arrive même plus à digérer ce liquide de survie. Consultation chez le médecin prévue ce samedi. Ce n’est pas normal. Entre mes migraines insistantes, mes maux de ventre et mes douleurs dentaires, je dois couver un truc grave. Comme un vicieux cancer qui s’immiscerait dans mon être. Ah… Ca serait peut-être ça la solution ? Pschitt… Mort sans regrets. Avant je tuerais Baya pour qu’elle m’accompagne dans la boîte noire. Faut pas déconner. Elle serait trop malheureuse toute seule. Tiens, c’est peut-être une idée ça ? Quand je repense à ma mère qui me parle sans cesse de toutes ces catastrophes terrestres qui frappent les plus malheureux.  -Mon fils, tu devrais être content de ta vie ! Tu devrais en profiter. Tu as un bon salaire, tu es en bonne santé. Arrête de te plaindre. Carpe Diem et pense à ceux qui sont frappés par le malheur. Le vrai ! 

N’importe quoi. D’ailleurs, j’aime pas la pêche. Et puis, si j’ai vraiment un cancer, elle n’ira pas pleurer dans ma chambre d’hôpital. Je sais qu’il y a plus malheureux que moi. Mais ce n’est pas une raison pour sourire béatement. Je cultive mon jardin, moi ! Et si ce jardin n’est composé que de mauvaises herbes, c’est mon problème. C’est ma vie de merde et pas la leur. Et je suis convaincu que tous les futurs jours vont se ressembler. Sans belle surprise, ni rayon de soleil. Tout est gris comme les poils de Baya. Un point, c’est tout.  Jeudi 21 janvier 2010. Suicide de Stéphane Briand, un jeune vendeur de 25 ans qui avait tout pour lui. Beau comme un Dieu. Un poste en or dans une boutique de prêt-à-porter. Une mère aimante. Une chartreuse belle comme le jour. Et puis… Plus rien. Le jeune homme a été retrouvé dans son domicile parisien. Il aurait ingurgité une trop forte dose de médicaments. Sur la table de sa cuisine, un mot. « Vie de merde ». Revenons à présent sur le terrible drame qui a frappé Haïti. Port au Prince. Entre 100 000 et 200 000 morts, neuf jours après les sauveteurs refluent. Et maintenant, une pause musicale : Lorie et son tube La Positive Attitude.   

A méditer, non ?

EC

Vie de Merde ! dans Bonus comprimes-ritalin

2 commentaires à “Vie de Merde !”


  1. 0 saunier 23 fév 2010 à 19:43

    bref je comprends qu’il faut cultiver quoi qu’il en soit ces mauvaises haerbes, il pourra en sortir une positive attitude!
    oh c’est drôlement bien dit dit. t’as de l’humour meme dans ta souffrance. j’espère que tu va passer une bonne nuit ce soir

  2. 1 erwanchuberre 23 fév 2010 à 19:52

    Merci… mais ce texte était à l’origine une commande… Je t’embrasse !

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